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Les mythes des voyages d'aventure et d'expédition
Le printemps commence. La chose est bonne. Mais une question se pose aussi. Est-on sûr du beau temps ? Vous allez rire de moi. La réponse, on la connaît tous : Bien sûr que non. Et pourtant, certaines personnes demandent parfois aux voyagistes d'aventure « l'assurance », en quelque sorte, d'un temps parfait. À cet égard, deux mythes nous paraissent dangereux. Dangereux parce qu'irréalistes.
1. La sécurité
Méfiez-vous d'une compagnie qui dit pouvoir vous guider en toute sécurité, cela serait non seulement méprisant mais signifierait entre autres...que les rochers de la face nord du K2 ont lu la publicité...qu'ils ne tomberont jamais lors de votre passage! Cela impliquerait que le vent, sur ces magnifiques fjords du Groenland a prévu votre passage et qu'il attendra bien sagement que vous soyez sur la berge avant de se lever. Prenons aussi pour acquis que ce chien berger, dans les montagnes roumaines, ne fera pas son travail de gardien. Évidemment, votre sécurité est notre première préoccupation et nous ferons tout en notre pouvoir pour l'assurer, croyez-nous! Les termes de l'association AEQ (aventure écotourisme Québec) sont d'ailleurs les suivants : «Comment réduire les risques?» Mais pour les éliminer complètement il faudrait éliminer les voyages. Comme on éliminerait les accidents d'auto si tout le monde restait à la maison. Comme on éliminerait les jambes cassées en évitant de se lever du lit. À ce rythme-là, certains diraient peut-être qu'on éviterait de mourir en évitant de vivre...

2. Tout est prévu!
Parlant de sécurité...que dire d'un voyageur qui a comme principal critère, comme paramètre incontournable : un itinéraire parfait. À chaque heure de chaque jour, il a sa liste et rien d'autre. Mais voilà, un voyage n'est jamais une liste d'épicerie. Allez, on coche les oeufs comme on coche le Taj Mahal. La farine est dans le sac. Machu Picchu aussi. Même une date de retour n'est pas toujours une certitude absolue. L'expédition, la vraie, n'a pas la liberté d'admettre ce genre de critère. C'est impossible. Malgré tous nos efforts, lorsqu'une expédition est vraiment une expédition, la liberté qu'elle offre est différente. Elle implique une certaine incertitude... et c'est beaucoup pour celle-ci qu'on voyage ensemble. Tout est prévu, oui, sauf l'imprévu (et qu'on prévoit quand même un peu - qu'on espère même - en n'étant pas dupe).
3.
Et s'il arrive quelque chose?
«Où est le téléphone satellite? Vite vite le numéro de l'ambassade pour que l'hélicoptère arrive d'ici 1 heure.». Tous les téléphones satellites-cellulaires-radio (et même internet qu'on trouve aujourd'hui dans les coins les plus reculés du monde) sont-ils la solution ultime? Malheureusement non, en ce sens qu'ils donnent une fausse impression de sécurité. Ils peuvent même entraîner un certain laxisme au niveau de la préparation...Soyons clairs : rien ne remplace les compétences d'u n guide (ou d'une personne expérimentée dans le groupe). Et si tout va comme prévu : le téléphone fonctionne, le numéro fonctionne (pas toujours évident au fond de l'Afrique), l'ambassade nous parle...Croyez-vous vraiment entendre le vrombissement de l'hélicoptère dans l'heure qui suit? Détrompez-vous! Il faut avoir l'autorisation de survoler le secteur, il faut que la température soit bonne, il faut que les assurances aient donné l'assurance qu'ils allaient payer, c'est la nuit, le pilote dort! Imaginez ce que vous voulez, ce ne sera pas encore assez. Donnons un exemple : en octobre 2005, nous guidions une expédition autour du Daulaghiri au Népal, secteur très peu fréquenté. Nous avions prévu passer une journée de repos et d'acclimatation au camp de base à 4700m. Sur place, une équipe de Chinois qui avaient l'air mal en point d'avoir monté beaucoup trop rapidement. Le lendemain, journée de repos pour nous, les chinois lèvent le camp tôt en laissant un porteur qui avait une grosse diarrhée et qui devait redescendre. «Il dort dans sa tente et quittera ce matin» nous a dit le guide. Au bout de quelques heures, le porteur n'est toujours pas sorti de sa tente, alors nous allons voir. La diarrhée était en fait un oedème cérébral accompagné d'une sévère déshydratation. Son guide lui avait donné des médicaments qu'il avait avalés sans rien y comprendre, augmentant même la déshydratation. En bref, si rien n'est fait, il va mourir d'ici quelques heures. Téléphone satellite, appels, contacts...tout est en place sauf qu'on ne vole pas dans ce coin de l'Himalaya en après-midi à cause des vents. Nous plaçons le porteur dans un sac hyperbare (que Karavaniers avait pris la peine d'apporter au cas où)... que nous devons pomper constamment durant 24 heures pour le maintenir en vie (en passant, pomper jour et nuit à 5000m n'est pas de tout repos). L'hélicoptère arrive le lendemain après plus de 24 heures de démarches. Conclusion? Qui a sauvé le porteur...sûrement pas l'hélicoptère et toute notre technologie de communication! Encore une fois, rien ne vaut l'expérience du guide. Et l'incroyable coup de chance que nous soyons passés par là, ce jour-là. En prenant l'hélicoptère, le porteur nous a salué en nous marmonnant une phrase dans laquelle nous n'avons discerné qu'un mot : Bouddha!
Mais si cela ne vous satisfait pas, que vous ne pouvez pas partir l'esprit en paix en acceptant ces risques (somme toute, assez limités selon le voyage), c'est que vous n'êtes pas prêt à partir en expédition...i.e. un endroit où tout n'est pas contrôlé. Il faut alors rester chez soi ou marcher sur les passerelles de bois aménagées par la SEPAQ. Et ne même pas aller dans les Adirondacks, à une heure de Montréal, où meurent toutes les années des gens qui avaient un téléphone cellulaire...mais pas de chandail de laine!
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