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Notons d’abord que nous sommes véritablement
dans la France profonde, avec tout ce que cela comporte de
plaisirs, d’hospitalité et de découvertes.
Pour tout dire, les villages (et même hameaux) sont
si petits qu’ils n’ont souvent ni boulangerie
(ce qui étonne beaucoup en France), ni restaurant,
ni même de magasin (genre « dépanneur »).
S’attendre ici aux habitudes et aux conditions de confort
de Paris ou de Toulouse est irréaliste. De plus, et
même si certains villages sont touristiques (pensons à Montségur
par exemple), on est très loin du cirque mercantile
de Carcassonne.
C’est donc justement ce côté « campagnard » et
une certaine idée de l’Europe faite de lenteurs
tenaces et heureuses, toute en dimanches, en siestes longues
et en vins doux, qui fait le charme d’un séjour
dans cette France du pays cathare.
a) L’hébergement : Les villages ne sont que
de quelques rues. Le plus petit a 3 maisons. Les ruelles étroites
sont en pierres. Peu de bruits. Peu d’autos. Paris
est à l’autre bout du monde.
Les auberges sont un des bijoux du voyage. Du charme
mais pas du luxe. A Bugarach, l’auberge du vieux presbytère
a des parquets de bois, un jardin où les repas sont
bons et des chambres qui varient selon l’histoire des
murs. A Lapradelle (Puilaurens), on dort dans une jolie maison
privée, dans l’ancienne chambre des enfants
(on peut y être jusqu’à 7), et on mange
comme des rois en aidant peut-être un peu l’hôtesse.
Dans le domaine du Bouchard, en-haut des gorges de Galamus,
le paysage englobe tout, depuis Peyrepertuse jusqu’au
Canigou. Le terrain est gigantesque. On y élève
des sangliers. Et le souper est un festin magnifique. A Comus,
on dort sans doute dans une auberge qui était autrefois
une vieille école. Les chambres sont coquettes. La
salle de bain est partagée. Et on croise dans la longue
salle à manger quelques marcheurs qui nous ressemblent.
A Montségur, on dort à l’hôtel.
Au centre du village. Et dans le hameau aux 3 maisons, devant
cette rusticité gaillarde du village le plus oublié de
France, on rigole en découpant le gigot d’agneau.
b) Suivre l’histoire sur des chemins : Il est de plus
en plus rare, en occident, de pouvoir suivre les sentiers
d’une histoire. Que veut-on dire ici? Simplement que
si le tourisme moderne favorise une lecture forcément
brève de l’histoire, avec des musées,
des sites rénovés, avec des étapes qu’on
rejoint en automobile comme des points sur des cartes, on
ne peut plus apprendre l’histoire de façon plus
juste en traçant les liens entre les points de cette
même carte. On connaît le grand siège
de Montségur mais rien de ce qui mena à celui-lui.
On sait vers où les survivants s’enfuirent mais
on ne sait plus comment. Et pourtant, les chemins sont encore
là.
Le plus beau des sentiers cathares donc, c’est de suivre
l’histoire en suivant des chemins qui n’ont guère
changé depuis mille ans. Les murets de pierres ont-ils
seulement bougé? Nous n’avions pas imaginé retrouver
tant des cathares, non pas dans les châteaux (qui,
après tout, leur sont souvent postérieurs),
mais sur les chemins et dans ce silence des forêts
qui redonne encore aujourd’hui un poids étonnant
aux gestes anciens des cathares. On comprend mieux ce qu’impliquait
la fuite des « bonhommes » à voir sur
quoi ils marchaient. Par exemple, lorsque le bon berger Maury,
fuyant l’inquisiteur, couvre 50 à 70 kilomètres
par jour (!!), il le fait sur des chemins qui sont les mêmes
que ceux qui nous voient passer, plus lentement sans doute.
Et quand les moines de l’abbaye de Joucou, au 10e siècle,
décrivent un chemin essentiel entre leur village et
le castellum de Castelpor, il leur était impossible
de supposer que ce sentier puisse vivre longtemps après
les destructions du château et de l’église.
Et pourtant, c’est le cas. La beauté de l’histoire
c’est qu’elle existe mieux où on la cherche
moins.
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