Le Kilimandjaro : un cas d'école?
Que l’on se rende en Himalaya ou dans les Andes; que l’on rêve d’atteindre le toit de l’Afrique ou celui des Amériques; que l’on veuille se perdre sur le grand plateau tibétain ou au cœur de l’altiplano bolivien, il est essentiel de comprendre les phénomènes liés à l’acclimatation en altitude. Pour des raisons évidentes de sécurité : la sienne, c’est sûr, mais aussi celle des autres...
À ce titre, le cas du Kilimandjaro illustre bien les tristes réalités qui se cachent parfois derrière les agissements d’un nombre malheureusement croissant d’agences de voyages... Ces réalités que nous évoquons ci-dessous pourraient malheureusement se décliner à l’infini, en Afrique ou ailleurs. Il est donc important de comprendre ces réalités avant de « magasiner » son voyage, que l’on pense au camp de bas de l’Everest ou à l’Aconcagua, au Cotopaxi ou au Sajama, au Shishapangma ou au Nun-Kun ...
Les vérités qu'il est bon de rappeler...
Au Québec comme ailleurs, de plus en plus d'agences offrent l'ascension du Kilimandjaro en 7 jours, des fois moins, rarement plus. Surfant souvent sur la vague des levées de fonds, ces agences parient sur la générosité des gens pour offrir des voyages à rabais : rabais sur le confort, sur l'encadrement, sur les services, mais surtout, sur la sécurité... On a beau savoir que cela existe, on ne peut pas s'empêcher de sauter de son siège à chaque fois que l'on tombe sur les annonces vantant ce type d'« aventure »...
Il est irresponsable d'offrir l'ascension du Kilimandjaro dans le cadre d'un voyage de 10 jours de Montréal à Montréal, et il est mensonger d'affirmer que c'est sans risque. La réalité, c'est que 25000 voyageurs internationaux tentent l'ascension du Kili chaque année, que seule la moitié environ atteint le sommet et que 25 personnes meurent en chemin. À titre de comparaison, 186 personnes sont décédées sur l'Everest... entre 1922 et 2004! Comme quoi la notion de danger est vraiment relative. Ou plutôt : on ne pense pas forcément prendre de risques là où il y en a pourtant...
Mal acclimatés, épuisés au point de devoir faire demi-tour, il y a donc 50% des gens qui ne réalisent pas ce rêve pour lequel ils auront dû débourser 6000$ et plus... Et puis il y a ceux qui meurent d'embolies cérébrale ou pulmonaire, encadrés par des guides n'ayant pas su détecter leurs symptômes à temps et qui les auront convaincu à tort qu'il valait le coup de continuer...1 décès pour mille tentatives d'ascension, c'est un taux 10 fois plus élevé que celui du nombre de décès causés par les accidents de la route au Canada. Autant dire que sur le Kilimandjaro, beaucoup d'agences se conduisent comme des chauffards...
Qui plus est, ces chiffres officiels cachent une autre réalité, non chiffrée celle-là, qui est celle des équipes locales, guides et porteurs, qui accompagnent ces 25000 voyageurs internationaux. Ces personnes aussi doivent s'acclimater puisque quand on descend de la montagne, il suffit de 2 ou 3 jours passés dans la plaine pour que tout le processus d'acclimatation soit à refaire. Contraints, pour des raisons économiques évidentes, d'accompagner des voyageurs pressés d'arriver au sommet, les membres des équipes locales sont bien souvent les premières victimes de notre rythme de vie effréné que l'on pense, à tort, pouvoir adopter en altitude. Mais le décès de ces personnes n'est pas comptabilisé... Une belle illustration de ce que l'expression « ne pas prendre en compte » veut dire : ne pas considérer, ou faire comme si cela n'existait pas...
Monter et redescendre le Kili en 7 jours...
Que nous dit la règle communément admise à propos du rythme adéquat à adopter lors d'une ascension? Au-dessus de 3000 mètres, on ne devrait monter que de 300 à 400 mètres par jour et prendre une journée de repos tous les 1000 mètres. Avec une altitude de 5895 mètres, le Kilimandjaro requiert en théorie que l'on couvre ses 3000 derniers mètres en 9 ou 10 jours. Cependant, la base de la montagne ne se trouve pas à 3000 mètres d'altitude mais seulement à 1800 mètres. Et puis une fois arrivé au sommet, il faut aussi redescendre, ce qui prend 2 jours.
Alors faire tout cela en 7 jours dans le cadre d'un voyage de 10 jours, c'est de la folie! Car il ne faut pas oublier le transport aérien, le décalage horaire et tous ces facteurs qui font que l'on n'est pas forcément au sommet de sa forme quand on arrive dans un environnement complètement nouveau comme l'Afrique... Alors si l'on est raisonnable -c'est-à-dire : si l'on ne met pas sa santé et celle des autres en danger en voulant atteindre le sommet à tout prix et que l'on sait faire demi-tour quand il le faut, se lancer dans un voyage de ce type, c'est avant tout se donner toutes les chances de ne pas réussir l'ascension...
S'informer et voyager intelligemment...
Il nous semble que toute personne intéressée à l'idée d'atteindre le sommet d'une montagne, qui plus est dans le cadre d'une levée de fonds pour une oeuvre caritative, devrait se soucier de son plaisir, de la réalisation de ses objectifs et de sa sécurité, ainsi que de celle des autres... Et cela commence par rechercher l'information pertinente. Il ne suffit pas de s'en remettre aux seules affirmations de personnes soucieuses de vous offrir ce que vous demandez, à savoir un voyage « vite fait bien fait » qui ne grugera pas toutes vos vacances de l'année et qui vous offrira des frissons! Car il est vrai que quand on joue avec sa santé, le frisson est garanti...
Il existe de nombreuses sources d'informations sur le mal aigu des montagnes et sur les règles de sécurité élémentaires qu'il est essentiel de suivre lorsqu'on dépasse une certaine altitude. Nous en avons recensées quelques unes au bas de cette page. Il existe aussi des façons de faire plus raisonnable. C'est toujours le cas chez Karavaniers puisque tous nos voyages en altitude sont montés de façon à ce que l'acclimatation se fasse de la façon la plus contrôlée et la plus sécuritaire possible. Ainsi, bien nous ne tenions pas de statistiques précises à ce sujet, nous pouvons vous affirmer que le taux de réussite des voyageurs qui tentent l'ascension du Kilimandjaro avec Karavaniers dépasse aisément la barre des 95%. Bien plus que 50% donc...
Enfin, quand on parle de « voyager intelligemment », n'y voyez pas d'arrogance de notre part mais juste un rappel de ces évidences qu'on a trop vite fait d'oublier quand vient le temps d'acheter un voyage : les économies (en temps ou en argent) que l'on fait d'un côté ont forcément des répercussions quelque part. Quand il s'agit du nombre de fois où l'on mangera au restaurant ou du nombre de nuits que l'on passera à l'hôtel, cela n'est pas dramatique. Mais quand on parle des vêtements et de l'équipement dont disposent les équipes locales pour travailler et dormir à plus de 5000 mètres d'altitude; quand on parle des qualifications des guides qui nous encadrent; quand on parle du temps « gagné » sur l'ascension d'un sommet pour pouvoir retourner travailler le lundi suivant à Montréal, les répercussions peuvent être dramatiques... Le temps de l'information, de l'apprentissage et de la réflexion ne devrait jamais être l'objet de nos caprices, de notre empressement et de notre avarice...
Pour en savoir plus sur le mal aigu des montagnes et l'acclimatation en altitude :
En français :
alpinisme.com...>>
Agence de la santé publique du Canada ...>>
En anglais :
Université de Princeton...>>
International Society for Mountain Medecine ...>>