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Nous sommes quelques-uns à rêver du Dolpo depuis plusieurs années. Comment faire autrement? Voilà une région du Népal qui ne ressemble à aucune autre, tibétaine par sa manière de vivre, mais d'un Tibet du bout des routes, improbable et quasiment éthéré - au point qu'une autre façon de nommer le Dolpo serait de l'appeler bayul , c'est-à-dire terre cachée , ce qu'elle est parfaitement, du reste, et à plus d'un niveau. Déjà par sa géographie où le Tibet véritable n'existe plus, remplacé par le fracas des montagnes, les cols successifs, les vallées confuses. Ensuite, par une ambiance de cul-de-sac, de bout du monde, de fin des pistes, pour la raison facile qu'on ne s'aventure pas là-bas pour l'habituel commerce du sel - ou si peu - parce qu'il existe ailleurs des routes autrement plus faciles pour circuler du nord au sud - au Mustang par exemple. En conséquence de quoi, on y venait jadis essentiellement pour autre chose, pour ce genre de quête où l'aridité du paysage est une manière de rêve, voire même un chemin à suivre à partir d'une foi qui soulève, à partir de bornes posées sur un monde suffisamment hostile pour que cet espoir paraisse une lumière taquinant les ténèbres - les plus célèbres jalons de ce vieux chemin-là étant justement une montagne de cristal et un grand lac opalescent (que nous irons voir). Sachant cela, on ne s'étonne pas longtemps d'apprendre aussi que la figure la plus révolutionnaire de l'histoire tibétaine, un libre penseur comme il en existe peu, un homme dont le rôle avait été de définir la nature du vide jusqu'à faire le vide autour de lui - son enseignement étant encore aujourd'hui interdit par les Dalaï-lama - on ne s'étonne guère que ce sage-là, donc, ait vu le jour au milieu de cette terre cachée . Son nom est d'une facilité déconcertante : Il s'appelait l'homme de Dolpo ou Dolpopa.
Nous voulions être ambitieux dans un tel paysage. On ne va pas si loin pour simplement entrevoir quelque chose, puis repartir. Il faut s'y enfoncer. Il faut subir les cols, traverser les tempêtes, voir le village éloigné, presque se perdre en route. Nous avions noté quatre grands axes pour ce voyage, quatre étapes : La vallée de Tarap, le lac de Phoksumdo, le monastère de Shey (c'est-à-dire la montagne de cristal) et la belle traversée vers Jomosom (en passant par Chharka). La difficulté était de lier quatre plaisirs et d'en faire un voyage. Pour réussir, nous devions viser une caravane d'envergure sachant choisir les détours avant les lignes droites. C'est-à-dire 26 jours de marche, 7 cols au-dessus de 5000 mètres et le mois de septembre parce que la mousson est terminée et le froid relatif. Mais grâce auxquels nous aurons, en vertu d'un effort soutenu, à partir d'une lenteur de caravane, le Dolpo dans tous ses états...
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