Il existe au Népal une région qui n’a jamais fait de bruit. Au pays de l’Everest et de l’Annapurna, on oublie trop souvent qu’il y a autre chose et que ces trucs-là ont aussi parfois huit mille mètres. On choisit d’ignorer qu’il existe pour les rejoindre, des chemins autrement plus déserts et qui se méritent. On oublie que l’histoire de l’Himalaya est toujours l’histoire d’un voyage entre le Tibet et l’Inde et que chacune des grandes vallées, aussi compliquée soit-elle, a toujours reçu au moins quelques-unes unes des grandes caravanes anciennes. Mais voilà, le Népal s’ouvre de plus en plus. Il est possible aujourd’hui, sans oublier les grands classiques, de regarder plus loin. On peut pousser l’aventure jusqu’au bout, oser se perdre « derrière » le rideau de l’Annapurna ou de l’Everest et retrouver peut-être cette mouvance plus nuancée des premiers trekkeurs, cinquante ans avant nous, alors que le pays des sherpas ou des thakalis s’ouvrait une première fois sans être connu.
Car elle est là sans doute, la grande ironie du Népal. À tant chercher quelques sommets au détriment des autres, on oublie tout le reste. On oublie le Népal lui-même. On regarde Paris sans savoir que la France aussi est belle. Mais alors, quitter Kathmandou, l’Annapurna, l’Everest ? Justement oui. Mais pour aller où? Facile. Au Manaslu. Faisons le compte rapidement. Il est plus haut que l’Annapurna et plus spectaculaire que l’Everest. On peut en faire le tour en une vingtaine de jours de marche épique. Il n’y a qu’un col à traverser mais ce passage-là, plusieurs ont dit qu’il n’avait aucun égal dans tout l’Himalaya. Plus bas, une gorge est si profonde et si haute qu’elle sépare carrément deux sommets de plus de sept milles mètres. Mais avant tout cela, un détour par la vallée de Tsum, région encore fermée il y a 2 ans. Et tout au nord, alors que le Tibet se touche presque des doigts, une enclave oubliée retient encore un peuple aux traditions particulières et dont certains détails n’ont pas d’équivalent, ni au nord ni au sud.
On ne peut jamais perdre au Népal. Prenez un chemin, n’importe lequel, et celui-ci ira forcément à la montagne. Et cette montagne sera forcément haute. Sauf qu’avec le Manaslu s’ajoute encore plus : Gorkha, Buri Gandaki, Kutang, Nupri, Himalchuli, Larkyia La et surtout Tsum. Tout ça en attendant d’en faire réellement le tour...
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