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Même si la très grande majorité des voyageurs ne s’aventurent dans le royaume de Lo que pendant les seuls mois de juillet et d’août, le coût d’une incursion dans ce royaume isolé est suffisamment élevé pour limiter le nombre de visiteurs. C’est tant mieux, car nous rêvions d’un Mustang isolé, nous voulions un Mustang de traditions, de rencontres, de silence. Nous voulions que l’histoire ne soit plus simplement sur les murs.
Ce Mustang en hivernale a donc été d’abord
l’une de nos étoiles filantes (c’est-à-dire
l’un de ces voyages qu’on n’imaginait ne
pouvoir organiser qu’une fois, avec un groupe choisi,
tellement cette idée de passer au moment où
les caravanes ne passaient plus elles-mêmes semblait
alors un défi au bon sens… ce qui explique peut-être
aussi notre intérêt pour le projet). Mais voilà,
il n’est pas si difficile que ça d’aller
vers le royaume de Lo en hiver. La vallée de la Kali
Gandaki reçoit peu (ou pas) de neige. Le soleil frappe
bien. Il est vrai que le vent s’engouffre parfois avec
violence, mais il faut ce qu’il faut. Le miracle était
qu’on y était complètement seuls. Imaginez
un peu : Lo Manthang est une cité comme il n’en
existe plus. Aucune route sinon des chemins. Une enceinte
usée mais intacte. Et qu’une seule porte, une
seule, pour la traverser. S’il y avait des touristes
en nombre, comme en été, on se croirait peut-être
à Carcassonne. Dans un musée magnifique mais
éteint. Mais lorsqu’on est y seuls, lorsqu’on
voit les vieux lobas assis sur le bord des murs là
où le soleil chauffe un peu, lorsqu’il possible
d’errer dans les ruelles étroites et de croiser
sans que rien ne les prépare les portes antiques des
monastères, les chortens rouges, quelques pèlerins,
quelques chèvres, un chien errant, lorsqu’on
est si bien seuls, qu’il n’y a rien d’ajouté
(et rien d’enlevé non plus), on sait être
encore dans une ville véritable. Mais dans une ville
d’avant. Peut-être qu’il en existe quelques
autres. C’est possible. Mais d’aussi importante,
d’aussi conservée, sûrement pas !
Beaucoup des jeunes de la région partent vers Pokhara ou Kathmandou. Mais les vieux restent. Leurs habits anciens ont gardé l’habitude de la laine de chèvre cousue à l’intérieur. Certains ont même encore les vieilles bottes aux semelles de foin tressé. Le temps se passe à prier, à attendre, à faire sur les chemins entre Tsarang, Lo Manthang et Nyphu de courts pèlerinages. Le Mustang peut sembler leur échapper un peu, l’été, lorsque réapparaissent quelques jeunes et une poignée de touristes égarés. Mais il est bel et bien à eux ! Pareil à autrefois. Avec ses vieilles forteresses sur les collines et ses vieux monastères aux peintures si glorieusement préservées. Avec son paysage surtout, les grands canyons, les hautes montagnes, les couleurs. Et sur la route vers tout cela, sur ce chemin très ancien des échanges de sel et de pashmina, il n’y a qu’une seule et très petite caravane. La nôtre…
Le Mustang est un pays qui n’existe que grâce à la Kali Gandaki. C’est le long de cette rivière tumultueuse que s’est fait le royaume de Lo et c’est grâce à la facilité déconcertante qu’elle a à traverser l’Himalaya qu’a pu se développer la prospérité passagère de la région. C’est donc autour d’elle que se trouve la grande majorité des villes, des monastères et des forteresses. Si bien que presque tout le monde ne passe que par là. Et pourtant, il y a une surprise de taille de l’autre côté de la rivière. Au fond d’une vallée spectaculaire. Pourquoi construire là-bas un monastère ? Pourquoi le creuser au fond d’une grotte placée si haute sur la falaise ? Et pourquoi choisir pour les peintures des artistes si clairement supérieurs ? La réponse n’est pas simple. La vallée était bien sur le chemin sacré d’un pèlerinage mineur. Etait-ce assez ? Il semblerait que oui. Car la grotte de Lori, avec son chorten intérieur et sa réussite picturale si parfaitement consommée, égale certainement les plus hauts sommets artistiques du Tibet entier en matière de peinture et de fresques (par exemple Lo Manthang, mais aussi Tsaparang, Tabo, Alchi ou Shalu)
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