On connaît le Mustang pour l’avoir
aperçu dans des documentaires et dans certains livres
(par exemple ceux de Michel Peissel). On sait donc à
quel point la région est riche historiquement et culturellement.
On sait aussi à quel point on voyage dans le temps
en allant vers le royaume de Lo. Mais en hiver on ne sait
rien. Personne n’y va. Sinon l’autre année
un groupe de Karavaniers pour une étoile filante. C’est
pour cela déjà qu’on veut revenir. Pour
ce silence, pour cette absence totale de tout ce qui n’est
pas du Mustang, pour ce retour inespéré au plus
loin des pages d’un livre d’histoire. Il nous
semble qu’on pourrait presque arrêter là…
Tout est dit.
Allez…
on vous en dis quand même un peu plus.
On
ne présente plus le Mustang. Pour beaucoup, cette petite
partie du grand plateau tibétain représente
le Tibet dans ce qu’il a de plus pur. On imagine un
royaume où rien n’aurait changé des idées
anciennes des grands sages bouddhistes, où rien n’aurait
été perdu des façons de faire et de vivre
des tibétains. Le plus étonnant peut-être
c’est qu’on a à la fois tout à fait
tord et tout à fait raison.
On
se trompe lorsqu’on pense retrouver ici ce qu’était
autrefois le Tibet de Lhassa ou des grands plateaux. La vocation
d’abord commerciale du Mustang, c’est-à-dire
le rôle privilégié des Lobas (les habitants
du Mustang) en tant qu’intermédiaires dans le
développement des caravanes de sel, de grain et de
pashmina le long de la Kali Gandaki, est radicalement différente
de celle de Lhassa, d’abord religieuse, ensuite politique.
Qui plus est, on est ici très loin de ce cette plaine
d’altitude qui caractérise le Tibet du nord (particulièrement
le Chang Tang), propice aux nomadisme des grands troupeaux
et où se trouvent justement les grands lacs salés.
Le Mustang se caractérise plutôt comme une large
vallée aux formes dramatiques et érodées,
formant toute une série de canyons étroits et
compliqués où le rouge domine fortement.
Et
pourtant, on a raison lorsqu’on pense retrouver ici
justement “quelque chose” du Tibet ancien. Longtemps,
le Mustang resta inaccessible a tous sauf à quelques
explorateurs et savants (notamment Tucci, Snellgrove et Peissel).
Son éloignement (et son isolation progressive à
partir du XVIIe siècle) avait aussi permis que bougent
moins rapidement les idées anciennes, les dogmes et
les coutumes. Le Mustang s’est donc retrouvé
à être en quelque sorte un “anachronisme”
de sa propre histoire. Une capsule d’un temps qui n’aurait
plus dû exister et qui pourtant existe bien. Cette réalité
est un magnifique cadeau (mais aussi un lourd privilège)
pour les voyageurs.
Le
Mustang est donc unique dans le monde tibétain. Il
s’agit d’un empire commercial autrefois important
dont l’âge d’or (du XIV au XVIe siècles)
coïncida avec un intéressant renouveau religieux.
En effet, la grande secte bouddhiste des Sakyapas s’installa
à cette époque dans la vallée et autour
de Lo Manthang (la capitale) et reste aujourd’hui encore
la religion de la très grande majorité. Cette
association permit la construction de plusieurs monastères
et temples d’un style particulier et joliment évocateur
(surtout qu’il reste assez peu d’exemples de l’école
des Sakyapas au Tibet central). Les chortens (ou stupas) sont
magnifiques, notamment leurs couleurs contrastées de
blanc, de bleu et de rouge. De plus, l’accumulation
du sel, du grain et de la laine dans des grands villages de
la vallée et la nécessité de protéger
cette route caravanière des envahisseurs de toute sorte
(et ils seront nombreux à partir du XVIIe siècle)
obligeait aussi une structure militaire, d’où
les systèmes de fortifications et les dzongs, i.e.
les forteresses (par exemple le grand palais de Lo Manthang).
Ce double héritage donne au Mustang une spécificité
remarquable.