Par Anne-Marie Vigeant, coordonnatrice du projet,
et Nadia Beaulieu, guide


Les origines du projet

Suite au succès et à l'engouement rencontré par la Corvée 2007 dans la cordillère du Huayhuash, Karavaniers a décidé de répéter l'expérience en 2008. La région ciblée était celle de la Vallée de l'Urubamba. Cette vallée, située dans la région de Cusco et du Machu Picchu, connait présentement une augmentation régulière du nombre de visiteurs. Cette situation contribue malheureusement à une augmentation des déchets rencontrés sur les sentiers.

Notre projet de corvée s'est donc déroulé en septembre 2008 en présence de Nadia Beaulieu, guide Karavaniers. Mais nous avons apporté quelques changements à notre plan initial. Certes, nous avons procédé à une collecte de déchets effectuée sur le sentier : 15 immenses sacs ont été remplis à ras bord. Mais nous sommes allés plus loin.

Nous savons que les besoins des communautés ne s'arrêtent pas à la collecte de rebus. Plusieurs chefs des communautés locales nous ont fait part de leur désir de s'organiser sur le plan touristique. Ils veulent de l'aide au niveau organisationnel. Ils ont besoin d'outils afin de s'impliquer dans le développement touristique de leur région et ainsi profiter des retombées financières qu'apportent les voyageurs internationaux.

Nous avons donc décidé d'organiser une table ronde afin de donner aux communautés l'opportunité d'échanger avec nous, professionnels du tourisme péruviens et étrangers. Appuyés par notre partenaire local, l'agence Unitours, ainsi que par l'agence française Atalante  et leur partenaire local Terra Andina, qui ont répondu généreusement à notre appel, nous avons mis de l'avant un projet pilote d'interventions environnementales et touristiques.


Tables rondes avec les communautés locales

Pour être efficace il faut être organisé. Alvizu, guide péruvien d'Unitour, s'est immédiatement impliqué dans ce projet et y a mis toute son énergie, sa passion et ses grandes connaissances : bien sûr, celles de la langue et de la culture quechuas mais aussi celles de l'impact du tourisme sur les communautés autochtones. En tant que coordinateur local du projet, il a planifié une réunion pré-départ avec tous les participants. Cela a été l'occasion d'échanger nos idées et de clarifier le déroulement du projet . De plus, il est allé à la rencontre des communautés ciblées afin de préparer leurs représentants à notre arrivée.

Et ils étaient prêts! Les 14 participants au projet ont été accueillis en grande pompe par les communautés de Patakancha, Wakawasy, Kunkany et Kiswarany. Les enfants dans leurs habits colorés ont dansé et chanté, les hommes ont délaissé leurs champs et les femmes leurs taches ménagères afin de venir assister aux réunions qui se déroulaient dans leur village.

Plusieurs chefs communautaires ont tout d'abord salué l'initiative, une première depuis l'explosion touristique dans la région. Mais très vite, les échanges, forts en émotions, ont permis aux villageois de soulever plusieurs de leurs préoccupations et sonné l'alarme chez les représentants des agences présente : le tourisme, peu importe où il se pose, apporte gains et chagrins. La gestion des déchets d'ailleurs, en est peut-être la preuve la plus lamentable.

Au fil des débats, les campesinos se sont sentis écoutés, consultés mais avant tout respectés. Les habitants de la Vallée de l'Urubamba sont au coeur du produit touristique et ils le savent. Cette randonnée ne serait pas la même sans leurs ponchos colorés ou le sourire édenté des mamitas tressées. Mais on sent aussi qu'ils en ont gros sur le coeur. Les parents reconnaissent tristement que leurs enfants ont rapidement appris la mendicité à cause de tous ces caramelos que leur donnent les étrangers et ils exigent que cela cesse, au nom de la santé de leur progéniture. Les habitants déplorent aussi le manque d'éthique de plusieurs agences péruviennes qui travaillent dans la région. Par ailleurs, même si les voyageurs internationaux ne sont pas les principaux pollueurs de ces sentiers de montagne, ils doivent cependant être informé des répercussions de leur visite sur les villages de la vallée et encouragé à agir de manière respectueuse et responsable, par exemple en encourageant l'artisanat local sous toutes ses formes et en le faisant dans plusieurs villages au lieu de tout acheter au même endroit.


Des idées pour le futur

Ceux qui ont eu la chance de se promener dans les Andes et de visiter le Pérou savent que les habitants de ces montagnes sont créatifs, enjoués et pleins d'énergie. Alors des projets et des idées, il n'en manque pas dans la région de l'Urubamba.

Certains villages travaillent à la construction de gites afin de donner l'opportunité aux voyageurs de vivre l'expérience d'une nuit chez l'habitant. En plus d'apporter des revenus directs aux villageois de la région, encourager ces initiatives permettrait aussi aux agences de transporter moins de matériel et résoudrait en partie la question de la gestion des déchets.

D'autres communautés se proposent d'offrir aux voyageurs des repas préparés avec des produits locaux. Ainsi, le travail de la terre serait mis en valeur et les hommes resteraient fidèles à l'agriculture au lieu de voir l'activité touristique se convertir en leur principale activité économique, plus souvent en marge des grandes villes que dans les petits villages de montagne. Les femmes parlent de mettre sur pied des centres d'artisanat où tous pourraient mettre leur production en vente et par le fait même, mettre en valeur leur culture et leurs traditions.

Cette liste d'idées que nous avons entendues au fil de nos réunions est loin d'être exhaustive ! Malgré le fait que les habitants de cette zone ont été bousculés par le développement rapide du tourisme, ils ont l'énergie et la volonté de participer à ce nouveau défi. Ils ne demandent qu'à être consultés, écoutés, respectés. Ils veulent être au centre du processus et pas seulement un élément du produit touristique. Ils veulent participer aux prises de décisions et avoir un véritable impact sur le sort de leur communauté.


Plus que des mots...

Quelques fois, votre guide Karavaniers peut sembler rabat-joie car il vous déconseille de donner votre suçon à un petit enfant ou vous invite à garder ce moment en mémoire au lieu de sortir votre appareil p hoto. Les guides ont la chance de côtoyer différents peuples, de travailler à leurs côtés, d'échanger des idées et de partager leurs craintes et leurs joies. Nous sommes aussi témoins de l'évolution du tourisme car dans certaines régions nous avons eu l'honneur d'y être pionniers. Des pionniers effacés, qui observent sans vouloir rien touché ni déranger... Jusqu'à ce que nos amis, nos compagnons de travail, les muletiers, les cuisiniers ou les guides s'ouvrent vraiment à nous et nous fassent part de leurs peurs et de leurs préoccupations. C'est à ce moment que le pionnier décide de s'impliquer.

C'est pourquoi nous voulons que cette série de rencontres donnent naissance à quelque chose de plus concret et de plus durable. Les projets suggérés par les habitants de la Vallée de l'Urubamba sont un bon point de départ et feront l'objet d'un projet pilote, sûrement dans le cadre d'un ou plusieurs voyages afin de soutenir concrètement ces initiatives touristiques locales. Cependant toute intervention de notre part doit être méticuleusement planifiée avec l'étroite collaboration de nos contacts locaux et nous travaillerons donc avec eux à l'élaboration d'un tel voyage dès l'année prochaine.

Le projet Urubamba 2008 fut un remue-méninge sans précédent pour nous. Québécois, Français et Péruviens, nous avons tous appris beaucoup de choses à l'occasion de cette expérience, mais nous n'oublierons surtout pas ce commentaire qui revenait souvent de la part des villageois : « Las agencias solo vengan a hablarnos y hablarnos y no hacer nada al final, nos reúnan como ahora pero después se vayan y todo solo quede en palabras  » (Les agences viennent seulement nous parler et nous parler et ne font rien à la fin. Elles nous réunissent comme aujourd'hui mais après s'en vont et nous laissent seulement les paroles). Là-dessus, Karavaniers a donc l'intention d'être un pionnier et d'aller plus loin que le stade des bonnes intentions.


Caractéristiques du projet :

Initiateurs du projet  : Karavaniers

Participants  : Unitours et Terra Andina (Pérou), Karavaniers (Québec), Atalante (France)

Coût final  : 2932$ + gestion de projet

Financement  : Atalante (45%), Karavaniers (45%), Unitours (10%)

Organisation et gestion de projet  : Karavaniers et Unitours

Encadrement de la corvée : Terra Andina (2 représentants), Unitours (3 représentants) et Karavaniers (1 représentant) + équipe locale


Lire le rapport (en espagnol) de la corvée de nettoyage 2008 au Pérou >>

Autres exemples d’engagement >>

 
 
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