Pascal Guillaume

Ultra vintage

En octobre dernier, Pascal Guillaume devait venir me rejoindre à Katmandou, nous allions imaginer les voyages les plus fous des 5 prochaines années. Le Tibet, la Papouasie, le Ladakh étaient entre autres au menu. Le 1er du mois, Pascal a fait une chute mortelle alors qu’il se promenait tranquillement au Timor Leste. Quelques jours après, (je l’attendais à Katmandou), j’écrivais ce petit mot qui s’adressait beaucoup à ses proches, dont, humblement, je faisais partie.Pour l’instant je n’ai trouvé mieux que de reproduire ce mot que je lui écrivais en octobre.

Mais je dirai quand même ceci : Pascal était le meilleur guide de Karavaniers (et sa mort n’y a rien changé). Et j’aimerais bien un jour dire à un autre guide qu’il est aussi bon que ce Pascal qui était mon ami…  Mais est-ce possible ?!


"Bon... Salut vieux crouton, maintenant que tu as, comme moi, atteint la quarantaine. J'ai bien trop de choses à t’écrire mais comme je n'ai pas ton talent, je n'y parviendrai pas avant de partir. Je suis à Katmandou et depuis quelques jours, je vais prendre le café le matin, et la bière le soir au New Orleans... Tu sais cet endroit où à défaut de refaire le monde, on a fait le nôtre. De la Guiness et des brownies pour traverser l'Himalaya, ça nous semblait l'essentiel. L’essence de la vie même. Et tu sais quoi...on avait raison! Et toi, plus que tout autre, en construisant ton palais à Bali et en parcourant la planète, tu as fait ton monde. Bien sûr, t'aurais pas dû t'arrêter, mais t'as toujours fait à ta tête, donc tu ne me surprends pas vraiment, vieux crouton!
Je disais que je n'aurais pas le temps avant de partir... parce que demain je pars guider le Manaslu, ce trek qui a été... la première Étoile Filante de Karavaniers et notre premier trek ensemble. C’était ton trek préféré au Népal. Le mien aussi. T'as fait exprès ou quoi???  Pas le temps mais dans mes bagages il y aura de magnifiques drapeaux de prières (les plus beaux que j'aie pu trouver) et je vais les mettre à un endroit où tu n'es pas allé encore (parce qu'il ne faudrait quand même pas oublier cette compétition qu'on avait entre nous qui était de toujours aller plus loin dans la découverte) mais que je sais que tu apprécierais (j’aimais bien que tu sois jaloux!)... Je peux juste te dire que ce sera près du Pungyen Gompa, au pied du géant de 8000m. Et sur chaque drapeau, je vais écrire quelque chose qui me fait penser à toi... je vais parler d'Isabelle, de ta famille, de nouveaux voyages, de poésie, de belles filles, de bière, de tennis... de Karavaniers bien sûr.
Et pis même si tu n'étais pas très croyant, je te mets au défi de te réincarner par-ci par-là en oiseau pour aller voir les tableaux d'Isabelle. En chimpanzé pour venir, comme d'habitude, critiquer mes textes, en arc-en-ciel pour protéger tes parents et ton frère... mais aussi en voyageur céleste pour continuer d'inspirer, comme tu l'as fait depuis les débuts, Karavaniers.
(Tu me forces bien à te dire) Salut!
Richard"


(Écrit à Katmandou, au New Orleans. Le 6 octobre 2011)

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