Le friluftsliv ou l’art de vivre au grand air : Rencontrez nos guides en Norvège

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« Il y a une certaine douceur dans les Lofoten avec cette lumière et ces couleurs particulières, puisque les verts sont très foncés et contrastent beaucoup avec le bleu de la mer et le gris noir de la roche. Puis, évidemment, on est dans l’esprit du friluftsliv, cet amour norvégien pour la vie au grand air. Cette philosophie scandinave où l’on se conçoit à l’extérieur et où le territoire est largement accessible. »

François-Xavier Bleau est guide et spécialiste voyage chez Karavaniers depuis 2021. Expert de la haute montagne, il affectionne particulièrement les destinations nordiques comme le Groenland ou le nord du Québec. Après avoir guidé un premier voyage étoile filante dans la région des Lofoten, une évidence s’est imposée : cet archipel allait rejoindre la liste des destinations proposées par Karavaniers, et François-Xavier en serait l’un des guides.

« Ce ne sont pas nécessairement les plus beaux paysages qui me restent après ce genre d’expériences. C’est souvent ce qu’on a vécu ensemble, quelque chose de drôle ou un moment un peu plus difficile. Par exemple, un déjeuner sous la tente lorsqu’il pleut à l’extérieur et qu’on finit tous par en rire. »

Caroline Côté est guide, athlète de longue distance, aventurière et réalisatrice. Sa spécialité : les destinations polaires, les environnements hostiles et les conditions extrêmes. L’Alaska, l’Antarctique, le Groenland, l’Arctique, puis plus récemment la Norvège, où elle s’est installée. Les Lofoten représentent une place stratégique pour elle puisqu’elles constituent l’une des portes d’entrée vers le pôle Nord.

Deux guides, deux regards différents, mais une même fascination pour ce territoire où les montagnes plongent dans la mer. Fin août Caroline et François-Xavier partent pour un trek de 16 jours dans les Lofoten avec Karavaniers. Nous leur avons posé quelques questions sur leur rapport à cette destination si particulière.

Image en deux parties : à gauche, une femme vêtue d'une tenue de randonnée et d'un bonnet gris prend un selfie lors d'un « Trek dans les Lofoten », dans une région montagneuse et verdoyante. À droite, un homme brandit un petit drapeau norvégien au sommet d'un piton rocheux, sous un ciel bleu. - Karavaniers

Qu'est-ce qui vous attire autant en Norvège ?

Caroline : Ce que j’aime particulièrement en Norvège, c’est d’avoir accès à des endroits naturels magnifiques sans avoir de restrictions. J’aime me déplacer librement dans des espaces qui appartiennent à tous. Ensuite, ce qui m’attire avec les Lofoten, c’est le lien si fort qu’il y a entre les montagnes et la mer, qui existe nulle part ailleurs. Dans les Lofoten, c’est possible de faire un sommet à plus de 2000 mètres puis de redescendre et partir pour une expédition de kayak presque dans la même journée.

François-Xavier : Ce qui est vraiment trippant dans les Lofoten, c’est la perspective d’une ambiance nordique, mais avec un climat quand même relativement doux, puisqu’il est dominé par le Gulf Stream, ce courant chaud qui vient du Mexique qui va jusqu’à dans le nord de l’Europe. C’est aussi des paysages qui rappellent l’Arctique ou le Grand Nord, mais avec beaucoup de verdure. Il y a une certaine douceur dans les Lofoten avec cette lumière et ces couleurs particulières, puisque les verts sont très foncés et contrastent beaucoup avec le bleu de la mer et le gris noir de la roche. Puis, évidemment, on est dans l’esprit du friluftsliv, cet amour norvégien pour la vie au grand air. Cette philosophie scandinave où l’on se conçoit à l’extérieur et où le territoire est largement accessible.

Caroline Côté

Quels détails observez-vous constamment sans que le groupe le remarque ?

Caroline : Ce que j’adore observer, c’est la pluie qui se dirige vers nous. J’ai appris à beaucoup observer les changements de météo grâce à mon métier dans les milieux polaires, car dans ces milieux-là, ça peut être question de survie. Aussi, ce que j’aime remarquer et que j’adore instaurer, c’est un esprit de leadership en essayant de faire en sorte qu’on devienne une équipe de leaders. Je pense qu’au fond, on est tous des leaders et qu’il faut laisser la place à chacun de s’exprimer. Parfois, les leaders, ce sont les personnes qui font des blagues. D’autres deviennent des leaders du positivisme dans le groupe. Au final, on est tous un peu, à notre manière, autant le guide que la personne qui accompagne.

François-Xavier : Puisque les Lofoten sont un archipel situé au 68e parallèle nord et qu’à l’ouest il n’y a absolument rien qui protège le territoire des vents venant du Groenland ou des masses d’air froid arctiques, le climat peut rapidement devenir complexe. Comme les Lofoten ne sont qu’une petite chaîne de montagnes qui sort de la mer, il y a peu de barrières naturelles. Par contre, lorsque les systèmes météo arrivent du sud ou de l’est, le climat devient vraiment agréable. Donc, cette lecture du ciel demeure toujours très importante.

Qu'est-ce qui rend le guidage particulier là-bas ?

Caroline : Ce qui rend le guidage intéressant dans les Lofoten, c’est qu’en tant qu’équipe, on peut tous avoir des moments qui sont plus difficiles d’une journée à l’autre. On peut penser qu’il fait toujours beau dans les Lofoten, mais ce n’est pas toujours le cas. Comme c’est une mince péninsule, on est frappé par des vents de tous les côtés et le temps change rapidement. C’est donc un voyage qui peut être très simple comme très exigeant.

François-Xavier : Comme je le disais précédemment, il faut constamment être à l’affût. On n’a pas le droit de se dire : « Aujourd’hui, il annonce beau, donc on part léger. » Il faut toujours être prêt à toutes les conditions. Aussi, c’est le fait de pouvoir marcher et camper librement presque partout. Je ne connais pas beaucoup d’endroits en Europe qui offrent un tel sentiment de liberté.

François-Xavier Bleau

Qu'est-ce qui crée une vraie cohésion de groupe ?

Caroline : Je vois qu’il y a une vraie cohésion de groupe lorsque je sens qu’on a créé une petite communauté où chacun a trouvé sa place. Lorsqu’on part deux semaines, on crée vraiment une bulle. Puis, parfois, c’est difficile de revenir chez soi parce que cette bulle se dissipe et que chacun retourne à son quotidien.

François-Xavier : Dans cet aspect de groupe, il y a la question du leadership et de l’équilibre entre chacun. C’est difficile d’avoir une cohésion parfaite entre les différents niveaux physiques et l’endurance mentale. En tant que guides, nous essayons de garder tout le monde sur la même note. S’il y a des gens plus rapides et d’autres qui le sont moins, nous ponctuons la journée de pauses, d’interprétations ou de petites responsabilités pour ceux qui en veulent davantage. L’entraide qui se crée dans les moments plus exigeants est aussi très forte. C’est souvent ce qui reste le plus longtemps dans les souvenirs.

Caroline Côté

Une scène ou une lumière que les voyageurs n’oublient jamais ?

Caroline : Ce ne sont pas nécessairement les plus beaux paysages qui me restent après ce genre d’expériences. C’est souvent ce qu’on a vécu ensemble, quelque chose de drôle ou un moment un peu plus difficile. Par exemple, un déjeuner sous la tente lorsqu’il pleut à l’extérieur et qu’on finit tous par en rire.

François-Xavier : J’en ai un particulièrement en tête sur le bord d’un lac lors de la première portion de trek en itinérance dans le sud des Lofoten. Nous campions deux nuits au bord de l’eau, complètement hors sentier. Comme il faisait chaud, nous prenions des bains après les randonnées. Nous étions là, un peu comme des hippopotames nordiques, à nous laisser flotter dans l’eau. Nous étions complètement immergés dans le paysage, à l’écoute des éléments, sans dire un mot. Ces moments sont magiques et correspondent bien à l’esprit de la vie au grand air norvégienne.

Une personne se tient au bord d'un lac de montagne aux eaux limpides, près d'une tente rouge et blanche dressée sur un terrain herbeux, avec du matériel de camping à proximité — une image qui évoque l'esprit d'un « Voyage au Maroc en famille » sous des falaises rocheuses, des plaques de neige et un ciel d'un bleu éclatant. - Karavaniers
François-Xavier Bleau

Ce que le terrain enseigne — qu’est-ce que la Norvège vous a appris comme guide ?

Caroline : Ce que le terrain norvégien m’a appris, c’est cette loi en Norvège qui permet de s’arrêter, de camper et d’explorer presque partout. Ça nous apprend, en fait, que la nature devrait appartenir à tout le monde et qu’on devrait tous pouvoir y avoir accès. Et si la nature nous donnait un enseignement, je dirais que ce serait de laisser tomber les égos. Souvent, la météo, la montée des sommets et la difficulté nous amènent à être plus humbles et à nous ouvrir aux autres. Quand on est dans la douleur et dans l’effort, une hormone appelée l’ocytocine se développe et fait en sorte qu’on a envie de se rapprocher des autres pour partager la douleur et l’effort.

François-Xavier : L’humidité, ça c’est sûr. Et puis, ça enseigne aussi que notre rapport au déplacement, ou même à l’évaluation du temps de marche, n’est pas le même en Norvège, en particulier parce que le terrain est complexe : les sentiers sont peu ou pas visibles, remplis de roches, de mousses glissantes et de trous d’eau. Il y a aussi toute la question de la verticalité. Beaucoup de montagnes sortent directement de la mer et offrent souvent des dénivelés de près de 1000 mètres. Ça rend certaines randonnées particulièrement exigeantes. Dans certaines sections, le rythme réel de progression peut descendre jusqu’à un kilomètre à l’heure.

Quelle partie du travail est la plus sous-estimée ?

Caroline : Je trouve ça compliqué de préparer des repas excellents avec des produits locaux. Par exemple, des fleurs ramassées sur le terrain, des myrtilles, des bleuets ou d’autres baies ajoutées au déjeuner vont apporter un petit plus. Ce que je trouve le plus complexe, c’est de rendre la beauté du paysage et du terrain jusque dans l’assiette. C’est mon objectif, mais ce n’est pas si facile à faire.

François-Xavier : Une des choses particulières pour un trek comme celui-là, c’est la légèreté. Surtout pour les deux portions de trek que nous faisons en début de voyage, soit deux périodes de trois jours et deux nuits en itinérance. Il faut prévoir exactement le matériel et la nourriture nécessaires pour ne pas transporter de poids inutile. Et comme on dépense beaucoup d’énergie, l’apport alimentaire est quelque chose qui doit être planifié avec beaucoup de précision. L’enjeu est donc de maximiser le confort tout en limitant l’effort.

Caroline Côté

Comment décrirais-tu ta façon de guider ?

Caroline : Moi, j’ai l’approche d’une fille qui vient des expéditions dans le froid et j’adore quand on a une équipe soudée, prête à relever tous les défis. Mon désir, quand j’amène des gens sur le terrain, c’est qu’on s’entraide. Quand quelqu’un n’a plus de force ou se sent plus faible, on l’aide, par exemple en partageant le matériel lourd qui se trouve dans son sac. Au final, ce dont les gens se rappellent le plus souvent, c’est à quel point on était soudés dans l’effort.

François-Xavier : Je suis quelqu’un qui laisse beaucoup de place aux aléas du voyage, à la spontanéité et à la flexibilité. Je me fie beaucoup à ma capacité d’adaptation et à mon expérience. Puis, parce que je ne suis pas trop stressé, je suis capable de garder un certain sens de l’humour et de désamorcer les tensions lorsqu’il arrive des imprévus. Et dans cette spontanéité-là, justement, naissent parfois de très beaux souvenirs. Par rapport à mon rôle de guide, je l’aborde vraiment avec humilité. J’essaie toujours d’être en immersion dans le groupe, comme tout le monde, évidemment avec une responsabilité particulière. Je suis très à l’écoute aux besoins des gens, aux difficultés et aux fatigues accumulées afin d’intervenir au bon moment.

François-Xavier Bleau

Qu’est-ce que tu as toujours avec toi sur le terrain ?

Caroline : Dans mon sac, j’ai un objet que j’adore. C’est une cuillère que mon conjoint m’a offerte en Antarctique. Je l’ai depuis 2019 et elle me suit partout. Sinon, de manière générale, j’adore avoir du matériel ultraléger et le plus technologique possible. Lorsque je participe à des expéditions où l’objectif est, par exemple, d’atteindre le pôle le plus rapidement possible, il est essentiel pour moi d’être légère. Mais en même temps, j’aime le confort.

François-Xavier : Dans les pays scandinaves, je traîne une petite marionnette de laine fabriquée par mes enfants qui représente une sorte de gnome, comme dans la mythologie nordique. Elle doit mesurer environ 10 cm de haut et je m’amuse à la photographier dans toutes sortes de contextes scandinaves. J’ai maintenant une multitude de photos de ce gnome. Ce n’est pas du tout un objet essentiel dans mon sac de jour, mais ça aide parfois à désamorcer certaines situation.

Une personne vêtue d'une veste d'hiver noir et blanc, de gants noirs et d'une capuche se tient à l'extérieur, près du rivage enneigé — bien loin d'un « Voyage au Maroc en famille » —, avec en arrière-plan les eaux sombres de l'océan et des rochers recouverts de neige. La neige tombe doucement. - Karavaniers
Caroline Côté

Lorsque vous vous inscrivez à ce voyage, Karavaniers vous remet une liste complète des essentiels à glisser dans votre sac. D’ici là, pour rester dans l’esprit nordique, nous vous recommandons les équipements de notre partenaire Helly Hansen, un fabricant norvégien reconnu pour ses vêtements de plein air.

Voyagez dans les Lofoten avec Karavaniers

Randonner dans cette patte de lynx, sens du mot Lofoten en langue norrois où le territoire sauvage révèle la puissance de la nature.

François-Xavier Bleau
François-Xavier Bleau
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